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Archive for janvier 2011

A chaque civilisation ses propres maux. Le suicide est la deuxième cause de mortalité des jeunes de 16-25 ans après les accidents de voiture. Une fois n’est pas coutume, saluons l’initiative du secrétaire d’Etat à la jeunesse, Jeanette Bougrab, ancienne présidente de la HALDE, de confier au psychiatre, Boris Cyrulnik, une mission sur le sujet dans le but de trouver des solutions au malaise de la jeunesse.

Pour avoir lu son ouvrage « Autobiographie d’un épouvantail » dont le thème principal est la « résilience », je lui fais une entière confiance pour mener à bien cette mission. Il est d’ailleurs le premier à nous mettre en garde contre la tendance actuelle à la surprotection.

De mémoire, je me souviens de certains passages de son ouvrage portant sur des enfants rwandais ayant vécu les traumatismes du génocide.

Concrètement, ces enfants avaient pu être les témoins de massacres au domicile de leurs parents. Certains, orphelins, avaient été placés dans des familles européennes dans lesquelles une pratique régulière et stricte de principes religieux étaient appliqués sans concertation dans la vie quotidienne.

D’autres vivaient dans des familles qui privilégiaient l’échange et le dialogue. Je vous laisse deviner les résultats de cette étude ou, si vous le préférez, vous référer à son ouvrage.

A n’en pas douter, il conviendra d’observer, dans une objection bien pensante, que ces propos sont exagérés et caricaturaux. N’est-ce pas légitime que de vouloir noircir le trait d’une réalité grossièrement masquée ?

Quelques mots déjà entendus aujourd’hui sur BFM TV concernant le sens de cette mission :

« Essayer d’évaluer les phénomènes autour de la famille qui expliquent la solitude de l’adolescent à l’heure ou il devrait tenter l’aventure sexuelle et l’aventure sociale ».

Enfin peut être, seul, bien sûr, un esprit retord pourrait être tenté de voir derrière cette initiative une nouvelle démarche visant à exploiter les peurs.

Après tout, les roms, le débat sur l’identité nationale, c’était plutôt soft.

Le danger venait d’ailleurs, de l’ « étranger ».

Les pouvoirs politiques et économiques savent très bien s’organiser autrement en France pour entretenir le sentiment d’insécurité et prodiguer les remèdes. Le jeu du pompier incendiaire. Même s’il n’y a pas a priori, de raison de douter de la neutralité politique du journal « Le Parisien », commanditaire auprès de l’institut BVA d’un sondage international portant sur le pessimisme des français, les résultats sont édifiants.

La France devient ainsi « championne du monde du pessimisme ».

Vous êtes pessimistes ? Qu’à cela ne tienne, soyez rassurés puisque nous sommes dans un pays où l’on confond pessimisme et dépression. Consommez des anti-dépresseurs !

Nos médecins généralistes se référeront à la classification américaine DSM IV (Manuel Diagnostique et Statistique des troubles mentaux de l’Association psychiatrique américaine).

Vous vous sentez tristes ? Vous souffrez d’une « humeur de base dépressive ».

Vous êtes las de l’ambiance stressante au travail et communiquez peu, plus prudemment, plus lentement ?

Vous souffrez d’une « inhibition ou ralentissement psychomoteur ».

Vous avez des troubles du sommeil ? Exit les somnifères. Et derrière les 5 millions de consommateurs, l’industrie pharmaceutique se frotte les mains et ne connaît pas, elle, de période dépressive.

Épargne, placements, malgré la crise financière internationale, le système bancaire, soyez rassurés, œuvre talentueusement à vous culpabiliser pour vous inciter à placer vos économies. Les intérêts, même modestes, rapporteront bien davantage que les investissements risqués et hasardeux. « Il faut toujours garder une pomme pour la soif », dit-on. Et les profits bancaires font un grand bras d’honneur à la dépression économique bien soignée par un dispositif sophistiqué de l’État.

On se souvient de l’émission « Star academy », au cours de laquelle les téléspectateurs votaient pour l’élimination des candidats, en appuyant sur la touche de leur téléphone. « Si vous voulez voter Nolwen, tapez 1, si vous voulez voter Olivia, tapez 2, etc. »

Ainsi nos vies ressemblent bien souvent à ce jeu. Si j’ai des maux d’estomac, j’appuie sur le bouton médecin, si je ne sais plus très bien où j’en suis en ce moment, j’appuie sur le bouton psy, si le coq de mon voisin me réveille le matin j’appuie sur le bouton avocat, etc.

Et si j’ai peur de l’étranger, du chômage, de la maladie, de la délinquance, de la criminalité, du terrorisme, de la peur, d’être malheureux et que mes enfants le soient, je vote Sarkosy.

Mais Boris Cyrulnic est trop intelligent et intègre pour n’être qu’un simple faire valoir et, grâce à lui, pour peu qu’on l’écoute, nous pourrons enfin plus largement comprendre que le sentiment de sécurité est avant tout conditionné par la relation avec l’autre et, à défaut, dans la capacité de chacun à intérioriser cette base affective.

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Quelques lignes d’écriture de temps en temps, un petit « shoot ». Des images surgissent et s’expriment, petite hallucination textuelle. Néanmoins certains faits sont trop difficiles à vivre pour être allongés sur une feuille de papier, même virtuelle et (quasi) anonyme.

Parce que l’écrit est aussi une négociation avec sa pudeur. Jusqu’où aller ?

Tenir un carnet de bord, c’est comme à la fois concevoir et ouvrir une porte sur quelques instantanés de l’existence. Quelques traces furtives du temps qui passe. Une « micro-entreprise », à la fois inutile et nécessaire pour son entrepreneur.

Certains chapitres ne veulent pas se laisser ouvrir, tels ces fichiers ou dossiers nommés dont on recherche vainement la bonne extension.

Sans un minimum d’effort de distanciation, point de vision.

Lorsque ce qui est perçu est imprimé dans la chair, toute expression devient indécente, obscène.

Parce que certaines choses ne peuvent être partagées, tout simplement.

On peut écrire, écrire, écrire.

Mais tout ne s’écrit pas.

Le stylo est en panne.

La main n’écrit plus parce que ce qu’elle veut dire est indicible.

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Courage !

« Le véritable courage consiste à être courageux précisément quand on ne l’est pas », nous dit Jules Renard, auteur de « Poil de carotte ».

Ce mot est issu de « cœur » avec le suffixe « -age ».

Qu’est-ce que le courage ? Au moins un beau sujet de dissertation philosophique !

Sans vouloir philosopher car je reste prisonnier de contraintes bassement temporelles et matérielles, le courage est à mes yeux d’abord une qualité morale reposant sur la capacité à distinguer les énergies positives et négatives afin de ressourcer constamment l’être de l’intérieur.

Cette capacité peut être contrariée par une série d’évènements dont nous ne maîtrisons pas les paramètres.

Lorsque, notamment, les « choses nous dépassent ». Alors la pompe peut se gripper, jusqu’à la dépression.

Pour passer du découragement au courage, un minimum de recul est nécessaire pour se ressourcer. Se décentrer, respirer la nature, enlacer un arbre et respirer son écorce ou se laisser porter par la contemplation de la mer. Quel que soit le cheminement, le moteur est à l’intérieur et l’énergie est dans l’interaction avec le monde. S’encourager en se « donnant un coup de pied dans le derrière » peut être salutaire à court terme. Mais cette attitude, si elle ne s’accompagne pas d’une relation dynamique avec l’autre, peut conduire à l’isolement et, à long terme, sera vouée à l’échec.

Identifier ses peurs, les apprivoiser, c’est optimiser les rouages de sa mécanique.

Je n’ai jamais lu de la peur dans le visage d’une personne ayant réussi un saut en parachute. Le sentiment de perdre le contrôle fait peur, la descente peut faire peur. Mais le sentiment d’accomplissement et la conscience de porter et générer une force dynamique intérieure délivrent l’être de ses démons.

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Selon un sondage récent, les français seraient « les champions du monde du pessimisme ». En 2008, plus de 5 millions de personnes consomment des anti-dépresseurs en France. Autre triste record mondial.

Encore un « French paradox ». La France serait, depuis les années 90, la première destination touristique au monde. Pour Wikipedia, « L’attrait touristique de la France s’explique par le grand nombre et la grande variété des points d’intérêt, la diversité des paysages, la richesse du patrimoine historique, culturel et artistique, le climat tempéré et les facilités d’accès et d’infrastructures de transport, mais aussi par l’équipement important et varié du pays en structures d’accueil (hôtellerie, parcs d’attractions…). Ainsi, chaque département français est un département touristique avec plusieurs points d’intérêt.« 

La France serait, par ailleurs, la cinquième puissance économique mondiale.

Si on ajoute un taux d’épargne très élevé (plus de 15% des revenus), il y a de quoi s’interroger sur la capacité des gaulois à embrasser leur avenir. Et pourtant, en 2010, le taux de fécondité a été de 2.01 enfants par femme… un record depuis le baby-boom il y a 35 ans !

La famille, ultime repli gaulois ?

S’il s’agit de fonder un foyer pour se « cocooner », ce refuge n’est-il pas lui-même anxiogène ?

Comment nos enfants pourront-ils avoir confiance en eux si leurs parents eux-mêmes n’ont pas réussi à quitter leur nid ?

Nous aimons les proverbes et dictons pessimistes « Trop beau pour être honnête », « Trop bon, trop con », « trop beau pour être vrai », etc.
Beauté et bonté sont trop souvent suspectes.

S’il suffisait de faire au moins l’effort d’être honnête avec soi-même, refuser de limiter l’analyse au niveau d’une barricade assiégée, que ce soit dans la sphère politique, économique, sociale, familiale ?

« La perception n’est pas le constat d’une réalité objective, elle est la négociation d’une présence au monde» (Derrick de Kerckhove).

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Pertes et profits

Perdre un ami, perdre un être cher, perdre son temps, perdre de l’argent, perdre au jeux, perdre la santé, perdre la face, perdre du poids, perdre la tête, perdre ses affaires, perdre le sens de l’humour, perdre la motivation, perdre l’appétit….Mille et une pertes de la vie quotidienne.

Le désespoir s’exprime souvent de cette façon : « J’ai tout perdu : mon travail, ma femme, ma maison, mes enfants, ma santé. »

Or, dans le fond, on ne perd que ce que nous pensions posséder.

S’autoriser à ne profiter que de ce que nous voulons avoir et que nous ne posséderons jamais revient donc à construire un projet sur un désir constamment contrarié.
Comprendre qu’il n’y a plus rien à perdre puisque l’on n’a rien, c’est gagner. Dire oui à la vie. Je n’ai pas une vie, je suis une vie, la vie.

De la « summa divisio » en matière de biens, au droit « inviolable et sacré », toute notre culture est construite sur un attachement viscéral à la propriété. La petite fille dira, dès qu’elle est en âge de parler et avant même de savoir compter « C’est ma poupée« 

Très rapidement, elle s’appropriera tous les êtres proches qui l’entourent : « ma mère, mon père, ma sœur, mon frère« . Plus tard, dans sa vie adulte, cela deviendra « mon mari, ma maison, mes enfants« . Mon Dieu ! Et la boucle se refermera sur elle même.

Puis un jour, cette petite fille enfin devenue femme, comprend qu’elle aura consacré son existence à rechercher ce qu’elle ne pouvait avoir.

Alors qu’il lui suffisait de percevoir l’être, ici et maintenant.

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Rires et chansons

L’altruisme est rarement gratuit. Être au service des autres, c’est souvent vouloir « regagner » une reconnaissance.

Lorsque l’on comprend que « savoir recevoir, c’est déjà donner », l’armure peut se fissurer et ce qui n’était jusqu’alors perceptible que par des définitions académiques devient vivant.

Croire que le monde peut être lu par les mots que l’on donne aux choses est rassurant. Lorsque je vois un bus, je le nomme « bus » car j’ai appris à nommer les choses. Cet étiquetage inconscient m’a ainsi éloigné du mouvement dans lequel cet objet évolue.

Les chansons, art mineur comme disait Gainsbourg, s’engouffrent dans cette brèche.

L’esprit libre aime les chansons, l’Art, la Nature, d’abord par ce qu’il peut en recevoir.

Certains moments intenses de ma vie de ces dernières années, voulus ou subis, cela importe peu, ont été chantés.

D’abord Gainsbourg, dont les textes m’accompagnent depuis mon enfance :

« Et chaque fois les feuilles mortes
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour les amours mortes
N’en finissent pas de mourir
Avec d’autres bien sûr je m’abandonne
Mais leur chanson est monotone
Et peu à peu je m’indiffère
A cela il n’est rien à faire »

Au moment de la « crise », Serge Lama :

« Je suis malade parfaitement malade
Tu m’as privé de tous mes chants
Tu m’as vidé de tous mes mots
Pourtant moi j’avais du talent avant ta peau

Cet amour me tue, si ça continue
Je crèverai seul avec moi
Près de ma radio comme un gosse idiot
Écoutant ma propre voix qui chantera :

Je suis malade complètement malade
Comme quand ma mère sortait le soir
Et qu’elle me laissait seul avec mon désespoir

Je suis malade c’est ça je suis malade
Tu m’as privé de tous mes chants
Tu m’as vidé de tous mes mots
Et j’ai le cœur complètement malade
Cerné de barricades t’entends je suis malade »

Puis Léo Ferré :

« Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
On oublie le visage et l’on oublie la voix
Le cœur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien »

A la mort de mon père : (Marc Lavoine)

« D’abord, j’ai perdu ma langue et puis j’ai perdu mes clefs
Ensuite, j’ai perdu le nord, la tête un soir d’été
J’ai perdu mon adresse et puis j’ai perdu mon âme, j’ai perdu mon chemin
J’ai perdu d’avance, j’ai perdu la guerre
J’ai perdu le sens de l’humour, des affaires
Et puis j’ai perdu la mémoire, j’ai perdu le sourire
Le jour où j’ai perdu mon père, j’ai perdu à la loterie »

http://www.youtube.com/watch?v=REuLyw5oq-8

Avec le temps, Grand corps malade s’invite dans ma vie :

« Moi après mon seul vrai voyage j’ai souffert pendant des mois
On s’est quittés d’un commun accord mais elle était plus d’accord que moi
Depuis j’traine sur le quai, j’regarde les trains au départ
Y a des portes qui s’ouvrent mais dans une gare j’me sens à part

Y parait qu’les voyages en train finissent mal en général
Si pour toi c’est l’cas accroche-toi et garde le moral
Car une chose est certaine y aura toujours un terminus
Maint’nant tu es prév’nu, la prochaine fois tu prendras l’bus… »

Sur la solitude (Moustaki)

« Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Quand elle est au creux de mon lit
Elle prend toute la place
Et nous passons de longues nuits
Tous les deux face à face
Je ne sais vraiment pas jusqu’où
Ira cette complice
Faudra-t-il que j’y prenne goût
Ou que je réagisse?
Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude
Par elle, j’ai autant appris
Que j’ai versé de larmes
Si parfois je la répudie
Jamais elle ne désarme
Et si je préfère l’amour
D’une autre courtisane
Elle sera à mon dernier jour
Ma dernière compagne »

A la nouvelle année, Stromae :

« Qui dit étude dit travail
Qui dit taf te dit les thunes
Qui dit argent dit dépenses
Qui dit crédit dit créance
Qui dit dette te dit huissier
Et lui dit assis dans la merde
Qui dit Amour dit les gosses
Dit toujours et dit divorce

Qui dit proches te dit deuils
Car les problèmes ne viennent pas seuls
Qui dit crise te dit monde
Dit famine et dit tiers-monde
Qui dit fatigue dit réveille
Encore sourd de la veille »

…Alors on danse

Après les chansons, le retour du rire ?

J’aimerais bien que Marc Lavoine écrive une chanson « juste pour rire » pour nous prouver qu’il a retrouvé son sens de l’humour !

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Héritages

« Ruptures », « Amis », « fêtes ». Autant de sujets sur lesquels je me suis exprimé ces dernières semaines, à mes heures perdues. Des mots clés sur lesquels je me suis arrêté pour respirer un instant et écouter ce souffle que certains appellent la vie, d’autres Marie. Je l’appelle Georgette mais suis conscient qu’un jour ou l’autre il me faudra la nommer vraiment.

A qui sont destinés ces petits ballons de réflexion ? A vous mes enfants, à toi mon ami et à moi-même.

Pour dire vrai, je m’aperçois qu’il s’agit, dans le fond, d’un besoin de transmettre. Un modeste témoignage, quelques valeurs dans lesquelles je crois car je ne saurais me résigner à vivre sans foi ni loi. Les mots ne sont pas que du vent, un verbiage éhonté. Ils peuvent être l’expression sincère, parfois maladroite, d’un esprit.

Aujourd’hui, le mot héritage évoque sans doute dans la plupart des esprits la transmission d’un patrimoine, celui-ci étant le plus souvent, matérialisé. Ainsi on hérite d’un patrimoine constitué de biens matériels, les magazines font leurs choux gras d’articles portant sur l’acquisition d’un « patrimoine immobilier » ou en encore du « patrimoine génétique ».

La tendance est lourde, je le crois, à vouloir réifier la transmission. Ce faisant, on occulte une réalité juridique, une personne dispose d’un patrimoine même si elle n’a rien. Comme le chante Zazie (chacun ses références), « Tout ce qu’on est, pas ce qu’on a ».

Quelle que soit l’acception donnée à l’héritage, il y a au moins un dénominateur commun, la transmission d’une génération à l’autre. Je peux transmettre des biens, je peux aussi transmettre du Bien.

Je peux valoir par ce que j’ai, je peux aussi valoir par mes propres valeurs. Un ami m’a demandé « dans le fond, que veux-tu, toi ? ». Ce que je veux est simple : être quelqu’un de bien, pas quelqu’un de biens.

Transmettre des valeurs à mes enfants d’abord, le respect de soi et d’autrui, savoir recevoir autant que donner, essayer de penser et agir par soi-même, aimer dans la douceur et la paix tout en étant capable de se défendre si nécessaire.

Ces valeurs là ont un coût : l’engagement d’une vie. Mais elles n’ont pas de prix.

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